
Né à Paris en 1982, Guillaume Cagniard découvre le graffiti à l'adolescence dans les rues et les tunnels de la capitale. Au lycée, il croise la route de JR, qui documente et photographie alors cette scène underground. Cette relation marque le début d'une aventure artistique et humaine qui durera près de quinze ans.
Caméra à la main, Guillaume accompagne JR à travers le monde et réalise les films qui racontent ses projets monumentaux et les communautés qu'ils traversent. Cette expérience le conduit naturellement vers la réalisation de clips musicaux, dont celui de Booba, sujet de sa précédente exposition "La Bataille d'Orly". Ce travail marque un tournant décisif, lui permettant de passer de l'image en mouvement à une pratique artistique plus personnelle.
Aujourd'hui, Guillaume ouvre un nouveau chapitre de son parcours artistique. Délaissant pour la première fois l'aérosol au profit du pinceau, il explore le geste, la matière et la peinture comme le prolongement naturel d'un chemin façonné par le graffiti, le voyage et l'observation attentive du monde contemporain.
Pour sa troisième exposition, Guillaume Cagniard présente un nouveau travail né d'une contrainte brutale: l'impossibilité d'utiliser l'aérosol, médium central de sa pratique, depuis l'adolescence.
L'aérosol représentait bien plus qu'un outil. Il incarnait un rapport immédiat au geste, à la vitesse, au risque et à l'adrénaline. C'était une manière d'exister, pour reprendre les mots de l'artiste. Le graffiti fut pour lui un premier territoire de liberté : celui des tunnels, des toits, des sorties nocturnes, d'un monde parallèle où le corps et l'intensité prenaient le dessus sur le langage. L'odeur chimique de la bombe agit encore aujourd'hui comme une mémoire involontaire de cette période fondatrice.
Ce nouveau travail commence précisément au moment où ce geste lui devient interdit.

Alors qu'il prépare une nouvelle exposition après «La Bataille d'Orly», Guillaume doit interrompre l'usage de l'aérosol.
De cette contrainte, qui cachait une catastrophe intime, naît le point de départ des nouvelles œuvres, à partir d'archives personnelles : des brouillons, des essais de caps, des études de pression réalisées sur des feuilles ou des morceaux de carton.
Ces traces très brèves deviennent la matière première de la série.



Ces marques quasi instantanées sont ensuite reproduites à grande échelle au pinceau, selon un protocole extrêmement lent, précis et méthodique. Chaque peinture met en tension deux régimes opposés : celui de la projection mécanique de l'aérosol et celui d'une exécution manuelle longue et rigoureuse. Ce déplacement transforme la ligne en événement temporel.




Ces marques quasi instantanées sont ensuite reproduites à grande échelle au pinceau, selon un protocole extrêmement lent, précis et méthodique. Chaque peinture met en tension deux régimes opposés : celui de la projection mécanique de l'aérosol et celui d'une exécution manuelle longue et rigoureuse.
Ce déplacement transforme la ligne en événement temporel.
C'est précisément là que se loge la beauté bouleversante de ses œuvres, on regarde quelque chose qui semble immédiat alors qu'il a demandé des heures de travail. L'artiste parle lui-même d'une inversion du temps. Refaire lentement un geste rapide devient une manière de le figer une seconde fois, de lui donner une autre existence.
Le trait a déjà existé dans une fraction de seconde ; il réapparaît ici après des heures de concentration et de répétition.
Ce qui semblait anodin devient essentiel. La ligne devient une preuve de travail et de patience
Ce travail interroge l'ontologie du geste: qu'advient-il lorsqu'on lui retire son outil, son rythme et sa matière d'origine ? Mais surtout, que reste-t-il de cette énergie adolescente lorsque l'urgence devient lenteur, lorsque l'instinct devient protocole ?




Chez Guillaume Cagniard, l'illusion permet de rendre visibles des choses qui échappent habituellement au regard : le temps réel de l'exécution, l'effort contenu dans une ligne, la mémoire du corps, ou encore la manière dont un geste peut continuer d'habiter quelqu'un longtemps après avoir quitté les tunnels et les murs de la ville. Margaux Plessy


Exposition aux aérosols de peinture
et conséquences respiratoires
Guillaume Cagniard — Juin 2026
Je souhaite témoigner sur un risque qui reste largement sous-estimé : l'exposition aux vapeurs et particules de peinture en aérosol sans protection respiratoire adaptée, ou avec un masque mal porté.
Pendant longtemps, j'ai pensé que quelques séances sans protection parfaite n'auraient pas de conséquences importantes. Pourtant, après des expositions répétées, j'ai développé des problèmes respiratoires qui m'ont conduit à consulter un pneumologue. Les bombes de peinture contiennent des solvants et des gaz propulseurs dont les vapeurs peuvent irriter fortement les voies respiratoires.
En tant qu'artiste j'ai eu la chance de transformer ma pratique habituelle par une autre qui s'est avérée venir enrichir l'histoire de mon travail créatif jusqu'à proposer mon exposition « ADAPTATION ». (Action d'adapter ou de s'adapter à quelque chose : Adaptation aux circonstances. Larousse)
Les risques liés à l'inhalation des peintures en aérosol restent encore largement sous-estimés. Travailleurs du bâtiment, ouvriers, artistes, jeunes adultes ou simples utilisateurs occasionnels n'ont pas toujours accès à une information claire sur les dangers d'une exposition répétée ni sur les moyens de s'en protéger efficacement. Même dans un cadre professionnel, ces risques peuvent être négligés malgré des conséquences parfois sérieuses et durables sur la santé.
En collaboration avec Camille Étienne, une recherche scientifique est actuellement menée sur les substances chimiques présentes dans les peintures en aérosol, notamment le benzène et le formaldéhyde, dont l'exposition est associée à des maladies graves, ainsi que le xylène, connu pour ses effets nocifs sur les systèmes respiratoire et neurologique. Cette démarche vise à mieux comprendre les risques liés à une exposition répétée et prolongée et à renforcer l'information du public.
